À la troisième fin de semaine d’août, à tous les ans, l’événement maritime à ne pas manquer sur la Côte-du-Sud au Québec est sans nul doute la Fête des chants de marins de Saint-Jean-Port-Joli.  Un festival rassembleur, tout en chansons, qui nous ramène à cette époque où le Saint-Laurent était pratiquement la seule voie de communication au Québec et pendant laquelle la vie maritime sur le fleuve était importante, voire essentielle.  C’est un réjouissant retour à nos racines de marins et à notre patrimoine maritime chanté.

Cette année (2018), la Fête célébrait ses vingt ans.  Cet anniversaire a été un succès selon la présidente de l’événement, Mme Lucie Boulet. Toutes les nouveautés ont été grandement appréciées, notamment les activités familiales, la scène près du fleuve et les tours de voiliers.  Il y a eu un très bel achalandage.  Les spectacles à la Vigie et la Tablée maritime étaient complets.  Évidemment, la présidente ne peut passer sous silence sa reconnaissance envers l’énorme implication des bénévoles, partenaires et commanditaires de l’événement. 

Pour son 20e anniversaire, un spectacle quasi inédit

Les porte-paroles du festival cette année étaient nul autre que Les Charbonniers de l’Enfer représentés par Michel Bordeleau, Michel Faubert, André Marchand, Jean-Claude Mirandette (remplacé par Bernard Simard) et Normand Miron.  Alors même qu’ils chapeautaient ce 20e anniversaire, le groupe tant qu’à lui célébrait son 25e!  25 ans de grande complicité.  Ils étaient heureux de pouvoir célébrer simultanément ces deux événements.  

Le groupe ne se dit pas interprète de chants de marins comme tel, mais plutôt de chants traditionnels et dans cette catégorie on retrouve évidemment les chants de marins. La formation a à son actif un album qui s’inscrit dans ce sens et qui fût joué pour la 3e fois seulement en 10 ans : La Traverse Miraculeuse.  Un spectacle d’une grande qualité qui sort de ce que nous connaissons des Charbonniers qui s’exécutent normalement a capella car cette prestation est accompagnée d’un groupe d’instrumentistes de musique ancienne hors pairs, La Nef.  Michel Faubert expliquait en entrevue que ce projet était « l’idée d’une rencontre entre les deux groupes autour du répertoire maritime de tradition orale au Québec ».  C’était donc dix artistes qui se tenaient sur la scène ce soir-là. 

Charbonniers de l’Enfer et La Nef à la Fête des Chants de marins Saint-Jean-Port-Joli 2018 – Spectacle La traverse Miraculeuse (crédit photo: Caroline Fortier)

Chacune des chansons fut commentée. On nous a révélé que la chanson thème de l’album, La Traverse miraculeuse, provenait d’une mésaventure en canot à glace survenue à l’Isle-aux-Coudres et des remerciements ont été livrés à Caroline Desbiens qui est la petite-fille du personnage principal de cette histoire.  Lors de la représentation, M. Alphonse Morneau de Baie-des-Rochers fut honoré. Il a été une influence importante pour le groupe et une source incroyable. 

En quelques mots, c’était un spectacle absolument magique!  Envoûtant!  Un coup de cœur!  L’homme qui prenait place à mes côtés a mentionné que Saint-Jean-Port-Joli venait « de vivre un grand moment ».  Personnellement, c’est un grand voyage en mer que j’ai vécu, parfois en eaux calmes, et parfois sur une mer houleuse.  Oui, un grand moment.

Pour vous procurer l’album : La traverse miraculeuse, cliquez ici. .


Normand Miron, Michel Faubert et Caroline Fortier (crédit photo: Caroline Fortier)

Pour voir l’entrevue que j’ai réalisée avec Normand Miron et Michel Faubert (2 des 5 Charbonniers de l’Enfer). Ils ont été très généreux.  Vingt-deux minutes de bonheur. Merci messieurs!

De belles découvertes musicales

Assister à un festival de chansons, c’est à tout coup découvrir de nouveaux groupes musicaux.  La Fête des chants de marins ne fait pas exception à cette règle.  Alors après les Charbonniers de l’Enfer et leur superbe spectacle, La Traverse miraculeuse, en compagnie de La Nef, voici deux autres découvertes réalisées pendant cette fin de semaine extraordinaire.

Pekel – Fête des chants de marins 2018
(crédit photo: Caroline Fortier)

  Pekel

Un quatuor des Basses Terres de Hollande tout à fait charmant et fort sympathique.  Leurs chansons sont en hollandais, mais entre chacun d’elles, une présentation en français était faite avec humour.  L’effort a été récompensé.  Ils ont soulevé la foule et ils ont même réussi à la faire danser. 

Le site internet de Pekel, ici.

  En barque

En Barque, groupe de jeunes pêcheurs de Port-Cartier à la Fête des chants de marins
(crédit photo: Caroline Fortier)

En barque mon vieux, on va chanter la mer… En barque, c’est deux frères de Port-Cartier, pêcheurs de bourgots, et leurs deux amis.  L’aîné, Louis-Joseph Vacher, avec son tricorne, son chandail des Nordiques et son enthousiasme contagieux fait danser la foule.  Le plus jeune, Roméo Vacher, donne le rythme avec ses multiples instruments. Il y a aussi Olivier Bacon à la batterie et Nathan Claveau à la basse, le pro des back-flips.  Avec leur album, Deux pieds sur mer, et leurs chansons représentant la mer et son histoire d’hier à aujourd’hui, la jeune formation nous fait danser et avoir du fun.  La ‘’toune’’ qui m’a le plus marquée : Lady Era.  Elle raconte l’histoire du naufrage de ce navire, une épave visible sur les bancs de sable de Port-Cartier depuis 1977.  Après le spectacle, je me suis empressée de chercher de l’information sur cette fameuse épave qui les a inspirés et que je ne connaissais pas.

Lien vers page FB du groupe En Barque, ici .

La chanson du Lady Era , ici:

Information sur l’événement du Lady Era, ici

La Fête, c’est bien plus que des chants de marins

La Fête ne se campe pas seulement sous le thème de la chanson maritime.  Elle est également agrémentée de conférences et de causeries sur différents thèmes portés par divers acteurs du milieu maritime. Des responsables d’organismes s’y rendent aussi afin de représenter leur secteur d’activités.  Mentionnons notamment, la Garde côtière auxiliaire, le Corps de cadets de la Marine royale canadienne de l’Islet, l’Administration de pilotage des Laurentides, les Jeunes marins urbains et le rameur océanique Joseph Gagnon qui étaient présents cette année. 

Il ne faut surtout pas oublier la « Tablée maritime » qui offre un buffet aux accents de mer.  Ce repas est un incontournable et affiche complet un mois à l’avance.  L’ambiance y est festive et les musiciens y font leur petit tour. 

Cette année, des activités pour toute la famille étaient offertes.  Une belle nouveauté qui permet d’initier nos tout-petits à la culture maritime. 

Finalement, tout l’environnement enchanteur et significativement maritime, de Saint-Jean-Port-Joli à la municipalité de L’Islet, contribue lui aussi aux festivités. En effet, il permet aux festivaliers de s’ouvrir pleinement et de s’imprégner de culture maritime. 

À la Fête des chants de marins, tous les sens sont mis à profit. Il y en a pour tous les goûts et tous les âges.

Une Fête dans un environnement enchanteur et à saveur maritime

La Fête se déroule principalement dans le village enchanteur de Saint-Jean-Port-Joli dans la région touristique de la Côte-du-Sud. Cette région est l’un des territoires les plus anciennement colonisés du Québec à cause de ses basses-terres fertiles et la proximité du fleuve Saint-Laurent.  Il va sans dire que cette région fût un berceau prolifique de marins caboteurs et de pêcheurs.  (Article d’Alain Franck à ce sujet)

Le parc des Trois-Bérets
(crédit photo: Caroline Fortier)

La majorité des activités se déroule au Parc des Trois-Bérets aménagé sur les rives du fleuve. C’est magnifique!  Le terrain est vaste, tout en verdure et bien aménagé.  Au cœur du parc, s’élève La Vigie, une salle multifonctionnelle superbe construite de bois massif en 2011.  Durant la Fête, elle se transforme en salle de spectacles de grande qualité.

Le parc est relié au Parc nautique Saint-Jean-Port-Joli par le Sentier d’interprétation maritime qui affiche de nombreux panneaux explicatifs sur l’histoire, la mer et la nature.  Ce sentier a été créé par la Corporation des Amis du Port-Joli.  Cette corporation a acquis en 2015 le phare du Pilier-de-Pierre (voir article à ce sujet ici).  Au cours de la promenade, on y observe une réplique exacte de la lanterne du phare du Pilier-de-Pierre.  Ce phare est emblématique de cette région et au large sa silhouette est facilement reconnaissable. 

Plus loin, une maquette de 77 pieds stylisée et à l’échelle (1 : 4) du SS Canadian fait le bonheur des enfants.  L’épave du SS Canadian gît au large de la municipalité depuis 1857 près de la roche à Veillon. (site) 

Balançoires créées à partir des bossoirs de la goélette MP Émilie sur le Sentier d’interprétation maritime à Saint-Jean-Port-Joli
(crédit photo: Caroline Fortier)

Mon coup de cœur relatif à ce sentier est sans contredit les deux balançoires!  Imaginez-vous vous berçant doucement sur le bord de la mer en observant le phare du Pilier-de-Pierre tout en écoutant les vagues se briser sur les rochers, et ce, sur une balançoire suspendue à des bossoirs ayant appartenus à une ancienne goélette, digne vestige de notre passé maritime. Les deux balançoires ont effectivement été construites avec les deux bossoirs du M.P. Émilie (ou L’accalmie), cette goélette à fond plat qui a été longtemps échouée à Baie-St-Paul. (Voir article, un capitaine et son navire).  C’est une belle récupération et une superbe mise en valeur d’un bien maritime voué à la décrépitude.  Félicitations pour cette initiative!

Au Parc nautique Saint-Jean-Port-Joli, des excursions à la voile sont offertes au cours de la fin de semaine. Et un moment fort pour les adeptes de la voile, la régate Eustache-Anctil.  Cette régate est entièrement décrite et ce qui permet d’en apprendre davantage sur les manœuvres à effectuer et les stratégies à adopter pour gagner selon les conditions de la mer.  Une belle leçon qui nous rappelle ce à quoi devait penser et réfléchir un bon marin pendant qu’il naviguait.

La Navette des flibustiers rappelle les pirates des côtes américaines et s’occupe de la liaison terrestre entre Saint-Jean-Port-Joli et L’Islet. Elle a plusieurs arrêts déterminés dont un au Musée de la Mémoire vivante.  Celui-ci contient plus de deux milles témoignages oraux de la vie québécoise d’antan dont une partie touche inévitablement l’histoire maritime.

Puis la Navette des flibustiers poursuit son chemin vers l’ouest jusqu’à L’Islet, le village voisin.  Un village lui aussi très important en histoire et patrimoine maritime par, entre autres, la présence de l’École des marins qui a contribué à la formation de nombreux matelots et pilotes du Saint-Laurent.  L’Islet est également le village natal du capitaine Joseph-Elzéard Bernier qui proclamât la souveraineté du Canada sur les îles de l’Arctique et permit leur exploration.

Un arrêt à la Chapelle des Marins permet un petit moment de recueillement pour les marins disparus et leur famille.  Cette chapelle est dédiée « À Saint Joseph/Secours des marins ».  Des inscriptions évoquent les noms des disparus en mer.  Un arrêt à cette chapelle permet un moment de recueillement à la mémoire de ces marins et de leur famille.  Quelques spectacles y sont présentés au cours de la fin de semaine.

Richard Gaudreau hommagé 2018 au MMQ
(crédit photo: Caroline Fortier)

Et on poursuit la route jusqu’au Musée maritime du Québec – Capitaine J.E. Bernier (MMQ) à L’Islet.  Conférences, ateliers et spectacles y sont présentés en lien avec la Fête.   Le site est 100% maritime.  Douze milles artefacts et documents anciens, trois bateaux-musées et un superbe panorama nous entourent. Le MMQ présente un événement remarquable à ne pas manquer : un Hommage aux gens du fleuve.  Cette célébration permet de rendre un hommage bien mérité à des gens ayant contribués de façon exceptionnelle à la vie maritime québécoise et à la sauvegarde de son patrimoine.  L’hommage 2018 a été rendu à M. Richard Gaudreau, avocat maritime qui a, entre autres, contribué à la survie du MMQ dans les années 1990. Un hommage spécial en cette année du 50e anniversaire du musée. 

Entrevue et article sur M. Richard Gaudreau et cet hommage, ici.

Tout au long du parcours de la Navette des flibustiers, la route 132 offre un panorama incroyable sur le fleuve.  Cette route est nommée la Route des Navigateurs en raison de l’importante histoire maritime de la région. Une route avec vue sur le fleuve et plusieurs haltes routières dont la Halte des Piliers. 

Bref, avec les deux municipalités de Saint-Jean-Port-Joli et de L’Islet, les décors enchanteurs qu’on y retrouve et les infrastructures locales liés à la mer, un séjour effectué dans le secteur dans le cadre de la Fête des Chants de marins ne fait que plonger les festivaliers dans une atmosphère envoûtante et les séduire par tant de richesses historiques.  Ils ne peuvent ressortirent de leur séjour que totalement imprégnés de culture maritime.

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Maintenant, que nous réserve la 21e édition?  Mme Boulet, la présidente de l’événement mentionne que son équipe travaille à ajouter de la diversité dans les choix musicaux mais sans jamais oublier l’élément central de la Fête qu’est la chanson maritime.

C’est un rendez-vous pour 2019… et encore pour 20 autres années!