Barbara Pouliot a été honorée au Musée maritime du Québec (MMQ) à L’Islet pour l’événement Hommage aux gens du fleuve présenté dans le cadre de la Fête des chants de marins de Saint-Jean-Port-Joli.  Fille de marin, elle a contribué au patrimoine maritime en produisant un documentaire sur le chavirement du Fort William en 1965 au port de Montréal, documentaire intitulé «Faux départ : l’incident du Fort William». Elle a aussi écrit un livre sur les aventures de marins de son père sous le titre « Lever l’ancre : John Pouliot, naviguer sur les eaux du monde».  

« Le Musée maritime du Québec salue et reconnait publiquement l’implication de madame Barbara Pouliot, une femme engagée, dont les réalisations constituent une contribution significative au rayonnement et à la connaissance de l’histoire maritime du Québec ».

– Marie-Claude Gamache, directrice générale MMQ. 

Barbara Pouliot 

Femme intègre, humble et discrète, Barbara est troublée par cet hommage, mais profondément honorée.  Elle comprend : « ce n’est pas nécessairement que l’histoire de marin (de mon père) était plus intéressante qu’une autre, mais moi, j’ai fait le geste de la coucher sur papier et de la mettre sur pellicule. Donc, par le fait même, ça donne un exemple patent de ce qu’est la vie de marin et en même temps, ça lui ouvre une porte pour faire partie du patrimoine. » 

Entrevues réalisées (cliquer sur le triangle):

Entrevues réalisées auprès de Barbara et de ses parents, John Pouliot et Yvonne Blouin, afin de connaître leur impressions de cet hommage.

Native de Saint-Michel-de-Bellechasse, Barbara est descendante d’une famille de marins depuis près de 300 ans et son père n’a pas fait exception à la règle.  Ce dernier s’embarquait donc pour des séjours de plusieurs mois loin de la famille; mais lorsqu’il revenait à la maison, plusieurs aventures extraordinaires à raconter attendaient la jeune enfant qu’elle était et sa sœur aînée.    

La famille Pouliot: de gauche à droite, Yvonne Blouin, Sandra, Barbara et John Pouliot.
Crédit photo : Caroline Fortier

Malgré son « ADN maritime » et toutes ces belles histoires qui ont habité son enfance, c’est en génie forestier qu’elle étudiera et débutera sa carrière.  Ses racines maritimes n’ont toutefois pas tardé à venir la chatouiller.  C’était un appel de la mer. Elle avait plusieurs questions concernant  la vie de marin de son père et auxquelles elle devait répondre.  C’était viscéral!  Ceci deviendrait sa quête. Bien que personnelle, cette quête allait plus loin que le simple fait de préserver la mémoire familiale; elle souhaitait que les non-marins puissent avoir accès à ce monde qui avait émerveillé son enfance et  mettre en valeur le métier méconnu de marin.   

La première vague – La vie de marin 

Lever l’ancre : John Pouliot, naviguer sur les eaux du monde par Barbara Pouliot.

D’abord, en 2013, elle entama la rédaction d’un livre sur les aventures de son père en mer et celles de quelques membres de la famille Pouliot.  C’était le début d’une nouvelle aventure pour elle et sa famille.  Son père, John Pouliot, a dû travailler sa mémoire pour faire resurgir les détails de ses aventures de marin afin d’aider sa fille dans sa quête.  Ceci lui a permis de replonger dans ses souvenirs et de ce remémorer avec plaisir qu’il avait eu une très belle jeunesse et une superbe carrière de marin.  S’il avait à recommencer sa vie, il accepterait de revivre la même vie « à 100 milles à l’heure » dit-il.   De son côté, la mère de Barbara, Yvonne Blouin, confie que ce travail d’écriture a été un bel hommage rendu à son époux.  

Barbara Pouliot lors de son voyage en Arctique sur le NGCC Amundsen en 2014. Crédit photo: Barbara Pouliot

Pendant la rédaction du livre, Barbara a senti à un moment donné qu’elle devait une fois pour toutes aller voir par elle-même l’Arctique qui lui avait si souvent voler son père et valider sa compréhension de la vie de marins.  Elle s’est alors engagée comme steward sur le NGCC Amundsen, navire de la Garde côtière canadienne.  C’était la réalisation d’un rêve présent depuis sa tendre enfance.  Et ce rêve était plus ardent depuis qu’elle désirait retravailler et revivre sur un navire après avoir terminé ses études et fondé une famille; elle avait en effet adoré sa première expérience de steward sur le NGCC Sir Wilfrid Laurier.   Elle a ainsi confirmé qu’elle se sentais bien sur un navire et qu’elle avait la bonne intuition quant à la nature de la vie de marins car son père lui avait transmis, comme une transfusion sanguine, des valeurs et des connaissances maritimes. De plus, l’Arctique correspondait en tout point à ce qu’elle s’était imaginé toutes ces années. 

Après 2 ans de travail, Lever l’ancre – John Pouliot, naviguer sur les eaux du monde voyait le jour aux Éditions GID.  C’était le 9 avril 2015. Félicitations !  

Deuxième vague – Le Fort William 

Maquette du Fort William fabriquée par Jacques Tondreau et remise à M. John Pouliot.

Malgré ceci, le pire accident maritime que son père ait vécu et auquel il ait survécu in extrémis, continuait de la préoccuper.  Il restait des réponses à obtenir sur le chavirement soudain du Fort William au port de Montréal et dont elle est, dit-elle, « une survivante génétique », car si son père n’y avait pas survécu, elle ne serait pas de ce monde.  De ce fait, pour elle, le Fort William fait partie de sa famille.  La quête se poursuivait donc.  

Débute alors un nouvel épisode pour la famille Pouliot.  M. Pouliot, mentionne que « c’était une autre épopée, spéciale un peu » car il avait dû déterrer les détails de cette tragédie et qu’en plus sa famille avait été des témoins privilégier des débuts et de la fin de ce navire.  Cette fois, c’est sous la forme d’un documentaire que le projet a pris forme. Accompagnée de Jean-Pierre Fillion, réalisateur, elle a tenté de répondre à ses autres questions.   

Le Fort William de la CSL au port de Montréal a chavirer rapidement lors du déchargement ce 14 septembre 1965. Crédit photo: collection John Pouliot

Revenons sur cet incident du Fort William.  Ce navire de la Canada Steamship Lines était tout neuf.  Il n’avait que cinq mois lorsque l’incident se produisit. M. John Pouliot y était pour son premier emploi comme troisième officier de pont.  Au port de Montréal, aux petites heures du matin du 14 septembre 1965, pendant le déchargement, le navire bascula d’un coup et une partie de la cargaison explosa.  M. John Pouliot, alors dans sa cabine qui allait brusquement se retrouver sous le niveau de l’eau, a réussi à s’extirper du navire en flammes.  Malheureusement, tous n’ont pas eu cette chance et cinq membres d’équipage périrent dans l’accident.  

Le Fort William, devenu Stephen B. Roman, entre au terminal cimetière de Toronto en avril 2017. Prochaine destination, Aliaga en Turquie pour son démantèlement. Photo: Barbara Pouliot.

Malgré ce tragique événement, le Fort William a été renfloué et il est demeuré en service jusqu’en novembre 2018.  La quête de Barbara l’a amené à visiter le navire, devenu Stephen B. Roman, et de le suivre jusqu’en Turquie où il a été abandonné au démantèlement.  

Après trois autres années de labeur, Faux départ : l’incident du Fort William était présenté en première au Rendez-vous de la culture maritime – À la confluence des marins qui a eu lieu à Tadoussac en juin dernier.  C’était un autre bel accomplissement !  Ensuite, son documentaire a été disponible tout l’été au Musée maritime du Québec et l’est encore jusqu’en octobre 2019. 

S’impliquer encore plus 

Au fur et à mesure que Barbara poursuivait sa quête, elle a eu envie de s’impliquer davantage et espérait faire une différence dans l’industrie maritime. Comment laisser tomber la tradition maritime des Pouliot ?  Elle a alors quitté son emploi en aménagement forestier pour devenir analyste en transport maritime au Ministère des Transports du Québec. Elle dit être « particulièrement fière de contribuer au développement durable des activités maritimes au Québec pour le bénéfice de notre société. » 

Barbara possède aussi une page Facebook suivie par près de 1600 personnes : Histoires de Marin.  Elle l’avait débutée dans le cadre de l’organisation du lancement de son livre.  Passionnée par la culture et l’histoire maritime, elle continue d’alimenter sa page et de faire des rencontres « maritimes » via celle-ci.  Également elle remercie tous ses amis Facebook pour leurs encouragements et l’aide qu’ils ont apportés lors de sa recherche d’images du Stephen B. Roman lors de son dernier voyage. 

Page Facebook de Barbara Pouliot pour les amateurs de culture maritime.

En espérant faire naître chez au moins quelques jeunes le goût pour les métiers maritimes, Barbara a également réalisé quelques conférences dans les écoles primaires.  Elle y expliquait les différents métiers requis pour la bonne marche d’un navire, en particulier pour un navire de recherche tel que le NGCC Amundsen.  

Barbara a été la 2e femme seulement à être honorée par L’Hommage aux gens du fleuve sur les 26 personnalités honorées au cours des 13 dernières années.  Simon Mercier, président du CA du MMQ, mentionne que l’institution travaille à honorer davantage de femmes au cours des prochaines années et que Barbara est « une source d’inspiration ».    

De ce fait, Barbara espère que son travail puisse influencer d’autres personnes à livrer les messages et les expériences qu’ils auraient concernant la mer et la navigation.  

«Je pense que tout le monde ensemble on puisse documenter cet aspect-là.»

– Barbara Pouliot 

Merci Barbara pour toute cette contribution à la culture, l’histoire et le patrimoine maritime et encore félicitations. Des remerciements également pour M. John Pouliot qui a accepté de partager ses aventures avec nous tous.  Barbara, nous avons déjà hâte de découvrir la troisième vague….


Vous pouvez vous procurer la version numérique de son livre Lever l’ancre : John Pouliot, naviguer sur les eaux du monde aux Éditions GID ici:  https://leseditionsgid.com/lever-l-ancre-john-pouliot-naviguer-sur-les-eaux-du-monde-540.html