À la mémoire de notre passé maritime

Situé dans l’ancien couvent des sœurs du Bon Pasteur de L’Islet, le Musée maritime du Québec (MMQ) et son parc fluvial bornent le Majestueux Saint-Laurent depuis maintenant un demi-siècle.  De fait, depuis son ouverture en 1968, il a consacré 50 ans à raconter la riche histoire maritime du Québec; 50 ans à sauvegarder, étudier et diffuser le patrimoine maritime du Saint-Laurent, des Grands Lacs jusqu’à la haute mer sans oublier les territoires arctiques; 50 ans à émerveiller les grands et les petits.

C’est à L’Islet-sur-Mer, un village de la Côte-du-Sud au Québec, que tout à commencer.  Il y avait déjà là le Collège François-Xavier Garneau, la première et seule école québécoise vouée à la formation des marins et ce depuis 1873.  L’Islet était une véritable pouponnière à marins, on la surnomme même la Patrie des marins.  C’est là également qu’est né celui qui allait influencer de nombreux autres marins à prendre la mer, le Capitaine Joseph-Elzéard Bernier.  Et c’est aussi là que le Musée maritime du Québec a été fondé en 1968 par l’Association des marins de la Côte-du-Sud, un groupe dont la mission était principalement de faire la promotion touristique de la région en faisant ressortir son caractère maritime passé et présent et à mieux faire connaître le métier de marin à la population. Quoi de mieux qu’un musée maritime régional pour réaliser ces objectifs!

Petit deviendra grand

À cette époque, le Musée, était géré par un groupe de bénévoles.  À ces débuts, le MMQ occupait un seul étage du couvent. Il s’est agrandi avec le temps au fil d’événements marquants :

Les trois-bateaux-musées du MMQ. De gauche à droite, le NGCC Ernest Lapointe, NCSM Bras d’Or 400, voilier J.E. Bernier II . Photo: Caroline Fortier, 2018
  • 1979 : Don du voilier J.E. Bernier II par la Canada Steamship Lines (CSL).  Ce voilier de 11 mètres a fait le tour de l’Amérique du Nord grâce au navigateur Réal Bouvier et quatre autres membres d’équipage.  À ce moment, il était le plus petit navire à avoir franchi le passage du nord-ouest.
  • 1980 : Remise du NGCC Ernest Lapointe au Musée, un brise-glace à vapeur de la Garde côtière canadienne. Il fut le premier brise-glace construit par les Chantiers Davie en 1941.  Les tôles de sa coque sont rivetées, une technique d’assemblage répandue durant la première moitié du 20e siècle.  Le navire se visite en entier, ce qui nous permet de comprendre le fonctionnement du navire et de la navigation avec des équipements opérant à la vapeur. Les accommodations sont confortables et distinguées: beaucoup de bois et de gravures.  C’était une autre époque!  (Voir ma galerie photos ci-bas.)
  • 1981-1982 : Rénovation complète du Musée pour répondre aux normes muséologiques.
  • 1983 : Acquisition du NCSM Bras d’Or 400, un hydroptère expérimental de la Marine royale canadienne conçu dans les années ’60 pour détecter les sous-marins ennemis.  Grâce à ses ailes portantes, ce navire peut atteindre une vitesse de 60 nœuds en mode hydroptère.  Sa technologie ressemblant à plusieurs égards à celle d’un avion, le capitaine devait posséder, en plus de son brevet maritime, ses cartes de pilote d’avion. (Pour des vidéos d’essais de cet hydroptère, cliquer ici. ) (Voir ma galerie photos ci-bas.)
  • 1994 : Ouverture du parc fluvial tel que nous le connaissons aujourd’hui et ouverture au public de l’hydroptère acquit en 1983.
  • 1996-1997 : Ajout de la Chalouperie avec une aire d’interprétation, d’exposition et de construction d’embarcations traditionnelles.
  • 2010 : Inauguration du nouveau Musée, agrandi et entièrement rénové.
  • 2018 : Cinquantième anniversaire du Musée.
  • 2021 : Inauguration du nouveau parc fluvial, nouvelle génération.  Ce parc modernisé grâce à un investissement de 1,2 millions de dollars.  Le nouveau parc proposera aux visiteurs une expérience immersive du milieu maritime en intégrant au paysage bateaux-musées, bâtiments, ancres et autres artéfacts géants.  En voici un avant-goût, ici.

Galerie photos du NGCC Ernest Lapointe

Ma galerie photos de l’hydroptère NCSM Bras d’Or 400

Après vents et marées…

Chalouperie du MMQ.
Photo: Caroline Fortier
Une allée de la Salle des maquettes.
Photo: Caroline Fortier

Le Musée se présente donc aujourd’hui comme une institution répondant aux normes muséologiques les plus strictes, et exposant des expositions de grand intérêt : la Chalouperie, cinq expositions, trois bateaux-musées (dont deux à visiter), une salle des maquettes, un magnifique parc fluvial offrant un panorama grandiose sur le fleuve, une boutique et un café.  J’ai eu l’honneur de faire la visite complète de ce site avec nul autre que le conservateur du Musée et ethnologue spécialisé en histoire maritime, M. Alain Franck (voir autre article).  Voici en vidéo, la présentation de la toute nouvelle exposition permanente, Le temps des chaloupes à la Chalouperie et la salle des maquettes, une sorte de réserve ouverte au publique que l’on ne peut visiter qu’en étant accompagné d’un guide.

Il y a quatre autres expositions toutes plus intéressantes les unes que les autres.  Celle qui a retenu davantage mon attention concerne l’exposition temporaire sur les bateaux-phares.  Elle a été inspirée par le superbe livre de Jean Cloutier et Jean-Pierre Charest, «Les bateaux-phares du Saint-Laurent en aval de Québec, 1830-1963».  D’abord, j’ai été épatée par son titre évocateur : Ces bateaux qui n’allaient nulle part; j’adore!  C’était effectivement des navires qui restaient là, sans bouger.  Sans bouger n’est peut-être pas le bon terme quand on pense que ces navires se balançaient au gré des vagues, du vent et du courant.  Mais ancrés au fond, leur position géographique demeurait sensiblement la même.  L’exposition est épurée et l’ambiance y est feutrée.  Au sujet des bateaux-phares, il y a 133 ans d’histoires à raconter.  Toutefois, il n’y a pas une panoplie d’objets présentés puisque ces bateaux ont été complètement démantelés en fin de carrière.  La pièce la plus prestigieuse qui est encore debout est la roue du Prince Shoal Ligthship No.7, lequel marquait le Haut-fond Prince à l’embouchure du Saguenay.  Jean Cloutier a acquis cette roue et l’a rénové avec grands soins.  C’est une pièce incroyable (photo).  Si vous souhaitez visiter cette exposition au MMQ, vous avez jusqu’au 1er avril 2019.

La roue du Prince Shoal Ligthship No.7. Le plus gros objet des bateaux-phares encore visible. Elle appartient à Jean Cloutier. Photo: Caroline Fortier

Des expériences hors les murs

Mais saviez-vous que le Musée sortait également à l’extérieur de ses murs?  En effet, vous pouvez avoir accès à quelques expositions virtuelles de chez vous dont :

  • Ilititaa : Bernier, ses hommes et les Inuits : rentrez dans l’aventure de l’Arctique avec le capitaine Joseph-Elzéard Bernier, ici.
  • Pirates ou Corsaires? À l’abordage sur le Saint-Laurent : « La guerre de course» a eu lieu jusqu’au milieu du 19e siècle sur le Saint-Laurent.  Qu’est-ce donc exactement une ‘’guerre de course’’?  Vous le découvrirez ici.

Et il y a plus, une nouveauté pour le 50e, une docu-fiction présentée en balado sur la Route des Navigateurs (route 132) entre L’Islet et Saint-Roch-des-Aulnaies, Ralentis, la marée monte. C’est donc au volant de votre voiture et sur le bord du littoral de la Côte-du-Sud que vous pourrez suivre et vivre l’aventure fictive de Marie-Louise qui remonte le fil de vie de sa tante, la Vieille Émile.  Mais imaginons que la Côte-du-Sud est trop loin pour vous, vous pouvez visionner sur des vidéos 360 degrés cette promenade… pas comme les autres sur le web.

Comme on le constate, le Musée a depuis ses débuts une vision et porte des projets d’envergure lui permettant de réaliser sa mission.  Ces projets sont à l’image de ceux que portaient le Capitaine auquel le Musée est associé depuis toujours, le Capitaine Joseph-Elzéard Bernier.

Capitaine J.E. Bernier

Capitaine J.E. Bernier au centre lors de sa dernière expédition.
Référence: http://crc-canada.net/nationalisme-canadien-francais/capitaine-j-e-bernier/
Photo originale: La contre-réforme catholique

On ne peut pas parler du Musée maritime du Québec sans mentionner le Capitaine Bernier.  Ce grand capitaine qui a navigué dans les eaux arctiques du Canada a été un des principaux artisans de la reconnaissance de la souveraineté canadienne sur les territoires arctiques au début du 20e siècle.  Ce sont ses douze voyages d’exploration du Grand Nord qui ont marqué l’imaginaire des gens.  Il y a même passé huit hivers complets.  Pour en savoir plus, visiter l’exposition virtuelle ici ou visiter l’exposition permanente créée en son honneur au MMQ.

Ces voyages d’exploration sont sans aucun doutes prodigieux, mais il ne faut surtout pas oublier que ce navigateur avait dès son plus jeune âge toutes les qualités d’un grand capitaine.  Il a navigué avec son père dès ses deux ans.  Il s’est embarqué comme mousse à 14 ans. Puis, à 17 ans, il était déjà nommé capitaine.  Outre ses voyages en Arctique, le capitaine Bernier a bien navigué et mérité ses galons.  Il a traversé l’océan Atlantique plus de 267 fois et commandé plus de 150 navires différents.  Il a même effectué son dernier voyage à l’âge de 75 ans.  Certes, un grand capitaine.

Une institution impliquée dans son milieu

CCMRC J.E. Bernier lors de l’Opération Triton au MMQ sur le NGCC Ernest Lapointe.

Le MMQ est très impliqué dans son milieu.  Il collabore avec générosité avec le Corps de cadets de la Marine royale canadienne de L’Islet nommé le CCMRC 260 J.E. Bernier.  (Tiens, tiens, je le connais celui-là!?!)  Une activité très prisée est celle de l’Opération Triton. Activité pendant laquelle le corps de cadets, on le NGCC Ernest Lapointe comme terrain de jeu pour une fin de semaine complète dont une nuit.  Ces cadets sont les seuls à avoir eu cette opportunité de dormir sur le navire depuis sa retraite en 1978!

Trophée remis à l’hommagé lors de l’Hommage au gens du fleuve. Ce dernier a été remis à Richard Gaudreau. Photo: Caroline Fortier

Dans le cadre de sa mission, le Musée s’associe à la Fête des chants de marins de Saint-Jean-Port-Joli.  Plusieurs activités sur place sont à l’honneur pendant cette 2e fin de semaine d’août consacrée aux marins.  À ne pas manquer, le MMQ célèbre les gens passionnés et engagés qui travaillent ou ont travaillé activement au développement de la vie maritime québécoise avec l’Hommage aux gens du fleuve . Surveillez la programmation de la Fête ici.

                 2018 : L’hommage est décerné à Richard Gaudreau.

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Pour souligner l’Halloween, le MMQ déguise le NGCC Ernest Lapointe en bateau fantôme pour toute la famille, MAIS en soirée, pour les grands seulement! Image: publicité du MMQ

Aussi, tout au long de l’année, le MMQ offre à la population des activités diverses et présente des événements pour les jeunes et les moins jeunes : promenades sur les battures ou l’estran glacé, projets artistiques, contes, causeries, conférences et fête d’Halloween où le brise-glace est complètement transformé en bateau fantôme, sont au rendez-vous. Voici le calendrier des activités.

Il existe également au MMQ des activités éducatives pour les milieux scolaires primaire et secondaire. Informez-vous ici.

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Une visite au Musée maritime du Québec à L’Islet, c’est une expérience maritime totale; gardien de plus de 14 000 artéfacts, on y découvre notre histoire et notre patrimoine maritime. Le Musée nous rappelle que le Québec s’est d’abord développé par le fleuve.  C’est une visite incontournable pour tous les passionnés de culture maritime et pour tous les autres qui souhaitent retourner à la source de notre Histoire.

Le MMQ nous accueille avec cette citation.
Photo: Caroline Fortier

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Un merci immense à toute l’équipe du MMQ qui m’a accueillie.  Un merci tout spécial à Alain Franck, conservateur, pour sa grande générosité et son temps.

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À lire et à voir : Article et entrevue sur Alain Franck conservateur au MMQ et ethnologue spécialisé en histoire maritime.

À lire et à voir : Article et entrevue avec Richard Gaudreau, hommagé lors de l’Hommage aux gens du fleuve 2018.

À lire : Article sur la Fête des Chants de marins de Saint-Jean-Port-Joli.